Roman

Rue du rendez-vous de Solène Bakowski

couv69535908Rue du rendez-vous

Autrice : Solène Bakowski

377 p.

Plon, 2021

résumé Rien ne prédestinait Alice Beausoleil et Marcel Dambre à se rencontrer. Pour que le vieil homme ouvre sa porte à la jeune femme trempée, il aura fallu une grève des transports, un GPS capricieux et un terrible orage. De leur tête-à-tête inattendu va naître ce qui ressemble à une seconde chance. Un nouveau rendez-vous avec l’existence, peu importe le temps qui reste…
Marcel, quatre-vingt-sept ans, vit rue du Rendez-Vous, reclus dans son atelier de bottier menacé par les bulldozers. Vendeuse en boulangerie, Alice offre son sourire à tous ceux qu’elle croise. En réalité, depuis deux ans, trois mois et quatre jours, en proie à une profonde tristesse, elle s’empêche de vivre.
À mesure que la pluie et les heures s’écoulent, le passé resurgit. Sous l’impulsion de la jeune femme qui l’écoute sans se dévoiler, Marcel raconte la guerre, sa carrière et son amour fou pour sa mère. Et s’il trouvait à son tour la clé pour délivrer Alice de son silence ?

çacommencepar Ce devait être une soirée mémorable qui changerait sa vie à jamais. Ce le fut. Mais pas pour les raisons que Denise avait escomptées.

cequejenaipensé Une grève des transports, un GPS qui va au plus vite, une pluie torrentielle… voilà à quoi tient la rencontre inattendue qui se passe entre les pages de ce roman (à la couverture sublime). Une rencontre entre deux personnes très différentes dont les chemins ne se seraient certainement jamais croisé ailleurs, ou alors de façon fortuite et sans contact.
– Tenez, vous allez attraper la mort.
Cette phrase idiote qu’il répète depuis qu’il est tout gosse. Pourtant, s’il y a bien une chose que l’existence lui a apprise, c’est que la mort ne s’attrape pas. Elle vous cueille, elle décide, si bien qu’elle en surprend certains en plein vol et en oublie d’autres des siècles après l’atterrissage.
La première est une jeune femme. Alice est vendeuse en boulangerie. Dynamique, appliquée, toujours souriante, toujours à rendre service, à se plier en quatre pour les autres. Un sourire de façade. Pour cacher sa solitude, son mal-être, un drame qui l’a brisé. Une énième journée comme les autres, elle ferme boutique après un bon rangement et nettoyage et découvre qu’il pleut et qu’il y a grève des transports. Pas envie d’attendre, pas envie de promiscuité alors GPS en main elle se dirige vers chez elle. C’est loin mais pas insurmontable. Ses pas la mène dans une petite ruelle interdite à la circulation. Des immeubles vétustes, une ruelle sombre. Elle s’y engage et est attiré par une vitrine éclairée. Un vieil homme y est entouré d’un chien et de chaussures. Elle s’abrite devant la devanture et toque à la porte.
L’homme, Marcel, finit par lui ouvrir. Bougon, elle le dérange visiblement. Et pourtant, Alice s’immisce dans sa bulle. Elle demande si elle peut s’abriter. Il finit par lui passer des vêtements et lui offrir une boisson chaude. S’observant, se jaugeant, les deux inconnus vont maladroitement commencer à se raconter. L’une curieuse de la vie de Marcel et mystérieuse sur sa propre vie, l’autre semblant soulagé de raconter son histoire, son passé pour le moins atypique.
Nini affirmait qu’on rencontre les gens au bon moment. Elle ajoutait que rien ne différencie les anges, c’est pour ça qu’on ne les reconnaît pas toujours, ou seulement après coup.
On dit souvent qu’il est plus facile de parler à un inconnu qui jugera peut-être moins qu’un proche et surtout qu’on a peu de chance de recroiser un jour. Est-ce pour ça que ces deux-là vont parler? Est-ce la solitude et/ou la sollicitude dans leur regard ? Quoi qu’il en soit, on va découvrir Marcel dans un premier temps : sa relation particulière avec une mère originale (pour l’époque – Marcel a 87 ans), sa vie durant la guerre, son apprentissage, sa vie d’adulte.
Marcel se souvient que, dans les chaussures, les orteils d’Alice fuient. Cette jeune femme l’intrigue. On n’a pas des orteils fuyants sans raison, il y a un chagrin diffus chez cette gamine. Une sorte de noirceur.
Il se raconte, il se livre, il se soulage. Il se surprend à parler à cette jeune femme ainsi. Et nous, lecteur, on découvre le passé de ce personnage triste, seul. Un passé troublant. Et surtout une vie à part notamment en ce qui concerne sa mère et sa relation avec celle-ci. D’ailleurs, ce personnage m’a fait penser à ceux, fantasques, d’Olivier Bourdeaut dans En attendant Bojangles, à vivre sa vie comme elle l’entend, libérée des canons de la société. Une chose peut évidente à son époque. La parole de Marcel va provoquer un chamboulement supplémentaire chez la jeune Alice. Au fil des pages, on a compris qu’elle ne se livrerait pas aussi facilement que lui. Qu’elle a vécu quelque chose qui l’a brisé. Depuis lors, elle se plie en quatre pour les autres et elle s’oublie. Elle s’isole, s’éloigne des siens. Elle détourne la conversations dès qu’il s’agit d’elle, dès que quelqu’un s’intéresse à elle. Elle dit qu’elle ne le mérite pas. Qu’elle est mauvaise. Mais ce n’est pas l’impression qu’elle nous fait. Bien au contraire. Alors que lui est-il arrivé ? (et j’étais loin d’avoir compris…).
Ce roman est touchant. Les deux héros à la personnalité si différente vont pourtant se trouver, se réparer mutuellement. L’autrice, Solène Bakowski, nous propose un récit émouvant, tendre, à la fois fantasque et terrible. Cette histoire remue. Elle nous donne un fantastique rendez-vous, inoubliable, marquant, aux confins des émotions de ses personnages et des nôtres. J’ai pris mon temps avec ce roman. J’étais curieuse de savoir bien sûr, mais j’avais l’impression d’être l’invitée de ces deux-là, dans cette boutique fermée. Un fantôme posé discrètement sur le bord de l’accoudoir du canapé, prêtant l’oreille à leurs histoires. Témoin silencieux de deux destins compliqués.
en brefC’est beau, tendre, émouvant. Et j’ai déjà très envie de retrouver la plume de Solène Bakowski.

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