Roman "jeunes adultes"/SF / Fantastique

Sous-sol de Martine Pouchain

couv21648757Sous-sol

Autrice : Martine Pouchain
156 p.
Sarbacane, 2022 (Exprim’)


résuméÀ la suite d’une catastrophe planétaire, presque toute vie sur Terre a été exterminée. En lisière de village, une famille s’est réfugiée dans le sous-sol de son ancienne maison, où elle vit désormais. Il y a le père, un homme inflexible et pieux ; la mère, patiente et soumise ; et les deux filles, Leslie et Amy, qui n’ont presque plus de souvenirs de la couleur du ciel. Accoutumées à cette existence confinée, elles apprennent les rudiments scolaires auprès de leurs parents, rêvent de princes charmants. Et du jour où elles pourront sortir. Le père est le seul à s’aventurer dehors – avec un masque – pour cultiver les légumes de la serre. Dès que le monde d’En-Haut sera redevenu vivable, on remontera, promet-il. Cependant, à mesure que les filles grandissent, le doute s’installe. Arrivera-t-il, ce jour tant espéré ?

 

çacommencepar Dans le monde d’Avant, la glace avait continué à fondre, les forêts à brûler, les tempêtes à sévir et le niveau des eaux à monter; la plupart des bêtes sauvages avaient fini par disparaître. Seuls d’anciens animaux domestiques, que leurs maîtres ne pouvaient plus nourrir et qui s’étaient accouplés avec des loups, des lynx, ou des sangliers, étaient parvenus à survivre; ça faisait une drôle de faune qui, la nuit, envahissait les villes pour se nourrir du contenu des poubelles ou d’humains qui s’étaient attardés.

cequejenaipensé Très très heureuse de retrouver Martine Pouchain dans la collection Exprim de Sarbacane. Ses précédents romans Dylan Dubois, Traverser la nuit ou encore Gloria, ont été des lectures marquantes pour moi et que je vous conseille de découvrir si ce n’est pas encore le cas ! Et ce nouveau roman Sous-sol est un grand coup de cœur ! Je vous préviens d’emblée !

Déjà le titre et la première de couverture donnent le ton : c’est clair, net et précis !

Leslie et Amy vivent avec leurs parents dans le sous-sol de leur ancienne maison à la suite d’une catastrophe planétaire. Catastrophe qui reste assez floue pour le lecteur mais on sait que les animaux ont mutés à cause d’un virus et sont devenus dangereux et qu’il y a eu une guerre contre la Chine et la Russie (malheureusement cette partie-là a pris une toute nouvelle connotation ces derniers jours…). C’est la petite Leslie qui nous raconte leur quotidien. Le ménage, l’apprentissage, les jeux, les lectures, les prières… tout est répétitif. Et même si les fillettes débordent d’imagination pour s’occuper, cette vie en confinement extrême n’est pas évidente. Il faut faire attention au bruit, à l’eau, économiser, se rationner. Seul le père monte à « l’air libre » pour cultiver des légumes dans une serre, aller chercher du bois nécessaire au chauffage. Il sort munis d’un masque à gaz. L’abri n’en contient que deux alors il a décidé qu’il serait le seul à prendre des risques… Il est intransigeant, parfois violent, très pieux. La mère est soumise, patiente avec ses filles. Et les fillettes obéissent, car peu à peu elles ont oublié comme c’était Avant. Comme c’était Là-Haut. Mais le temps passe. Leslie est curieuse. Pose beaucoup trop de question. Quand Amy arrive à l’adolescence, elle commence à répondre, à vouloir plus de réponses. La lassitude et l’enfermement lui pèse. Et pas seulement pour Amy.

Les belles paroles, les promesses, les espoirs dans le monde qui va se reconstruire d’après le père ne font plus rêver les jeunes filles au fil du temps qui passe. La mère déprime. Les filles questionnent, s’agitent. Elles ont peur bien sûr de ce qui se cachent là-haut mais les réponses laconiques du père, ses colères éveillent les doutes d’Amy, et questionnent la candeur de Leslie.

Plus on se pose de questions auxquelles personne ne peut répondre, plus on est malheureux.

Et nous, lecteurs, au milieu de tout ça, assistons à la bascule de l’équilibre qui existait dans cette famille. L’autorité du père a quelque chose de malsain, de malhonnête. Très tôt dans ma lecture (en même temps le roman est assez court), j’ai eu un pressentiment. J’avais une idée précise de là où je voulais que l’autrice m’amène. Je me suis dit que j’avais peut-être les idées tordues de penser à un tel dénouement mais j’en avais envie quand même. Alors avais-je un bon pressentiment ou non ? On va dire à 80% et c’est déjà plutôt satisfaisant.

J’ai adoré suivre ce petit bout de fillette Leslie. Elle nous raconte cette vie difficile, exigeante d’abord avec un regard d’enfant où les journées sont rythmées entre l’apprentissage et les jeux. Et au fil des pages, le temps passe (avec des ellipses de plusieurs mois parfois). Les fillettes grandissent. Leurs corps changent, leurs esprits s’affûtent et Amy plus grand fait preuve d’esprit critique, de discernement face à la situation qu’elles vivent.

Dans ce huis-clos oppressant, Martine Pouchain décrit un quotidien morose, des humeurs qui s’assombrissent. Toujours les mêmes livres, toujours les mêmes tâches, toujours les mêmes personnes, toujours le même environnement, toujours, toujours, toujours,… sans perspective réel d’amélioration. La dépression gagne du terrain… Au fil des pages, l’ambiance à peu près « légère » du début s’alourdit. Les mots, le vocabulaire, les émotions. Tout devient plus noir, plus pesant, plus étouffant, plus écrasant.

Le point de vue choisi pour raconter cette histoire est parfait car, comme Leslie, nous ne savons rien de ce monde post apocalyptique. On ne sait pas ce qu’il y au-delà de cette porte toujours fermée. On fait confiance aux adultes qui, eux, savent, qui, eux, se souviennent.

Un court roman certes, mais un roman intense, fort, poignant, violent, angoissant.
Il aborde bon nombre de problématiques que je ne peux dévoiler ici – pour la plupart – sans trop en dire sur l’intrigue… Donc je vous laisse la surprise !

en bref Glaçant, dérangeant, oppressant, surprenant : j’ai adoré !
 
coup de coeur
 
On était dans le sous-sol depuis environ deux ans.
Maman semblait avoir de plus en plus de mal avec la vie d’En Bas. Jamais elle n’aurait pu imaginer, nous disait-elle, que rédiger les devis, les factures et répondre au téléphone à des clients lui manquerait autant. Elle avait beau s’efforcer de faire les choses plus lentement, une fois qu’elle avait fini de laver le linge, d’épousseter et de passer le balai, elle n’avait plus du tout envie de relire pour la énième fois Orgueil et préjugés ou Jane Eyre.
Elle s’étiolait.
Elle ne se lavait plus les cheveux qu’une fois par mois, pestait de ne pas réussir à les démêler, ne les démêlait donc pas, et portait toujours la même vieille robe moche sous prétexte que c’était la seule dans laquelle elle se sentait à l’aise, que les autres ne lui allaient plus et que de toute façon, personne d’autre que nous ne la voyait.
Ce qui horripilait le plus Papa, c’est qu’elle se laissait pousser les poils des jambes.
– Ça fait négligé, c’est dégoûtant !
– Le rasoir me fait un mal de chien, il est trop aiguisé. Ou pas assez.
Je passais beaucoup de temps à les observer et je me suis rendu compte que le moindre tressautement involontaire d’un muscle de leur visage était révélateur de ce qui risquait se passer ensuite.
Quand Maman parlait de ses poils, les lèvres de Papa se contractaient comme deux petits serpents et ses joues pâlissaient, ce qui n’augurait rien de bon. Et s’il parvenait à se maîtriser sur le coup, il explosait un peu plus tard sous un autre prétexte.
Un soir où il lui avait une fois de plus parlé de ses poils, Maman lui avait cloué le bec en disant :
– Tu les rases, les tiens ?
Estomaqué, il n’a rien répondu. Mais lorsqu’un peu plus tard elle s’est trompée en corrigeant un de nos devoirs, il a libéré la colère qu’il tenait en respect depuis des heures.
 
 

Une réflexion sur “Sous-sol de Martine Pouchain

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